La glace du Mont Blanc révèle un lien intime entre dépôt de poussière Saharienne en Europe et climat depuis 8000 ans

Publié le mercredi 1 juillet 2026 15:23

L’aérosol atmosphérique est un acteur clé du climat à l’échelle régionale qui reste cependant mal connu. La glace archive simultanément le climat passé, la charge et la composition en aérosols. Située à près de 1500 km du plus grand désert du monde, la glace des Alpes devrait donc permettre d’examiner le lien entre dépôt de poussière Saharienne sur l’Europe de l’Ouest et climat passé, un lien qui reste à établir. 

 


Nous avons examiné la composition chimique de l’aérosol terrigène présent dans une carotte de glace extraite au sommet du Dôme du Goûter dans le massif du Mont Blanc et ayant archivé l’évolution de l’aérosol en Europe depuis ~12 000 ans (Legrand et al., 2025). Ces mesures qui concernent les poussières insolubles dans l’eau, le calcium, le strontium, l’aluminium, ainsi que l’alcalinité de la glace démontrent le rôle majeur des apports sahariens sur le dépôt d’aérosols terrigènes en Europe occidentale. La continuité dans le temps des apports Sahariens est notamment mise en évidence par la présence importante de calcium sous forme de calcite et une excellente corrélation entre calcium et strontium quelle que soit la période de temps. 

 


Dans la glace du Mont Blanc le début de l’Holocène (entre il y a 4000 et 8000 ans) se caractérise par des apports sahariens faibles suivi d’une nette augmentation liée à l’aridification du Sahara marquant la disparition du « Sahara vert » il y a environ 3600 ans, phénomène lié à la migration de la mousson vers le sud en réponse à la baisse d’insolation de la seconde partie de l’Holocène. Les signaux climatiques de la glace déposée durant les deux derniers millénaires, mieux documentés en termes d’aridité en Afrique et de températures en Europe, révèle clairement les périodes climatiques clés: période chaude romaine (entre 1700 et 2100 ans), période froide de la fin de l’Antiquité, puis l’Anomalie Climatique Médiévale, (entre il y a 750 et 1200 ans), le Petit Age Glaciaire, et la période contemporaine. Nous observons ici une augmentation des dépôts sahariens en périodes chaudes associée à une aridité accrue au Sahara liée à une NAO positive forcée par l’augmentation de l’insolation et/ou une diminution de l’activité volcanique. Ce lien entre apports sahariens sur l’Europe et climat pourrait constituer dans le futur un important feedback positif par accélération de la disparition des glaciers Alpins suite à une baisse de l’albédo (neiges colorées).

 

ACTU ML 03

Sommet du Dôme du Goûter (4305 m) à droite du Mont Blanc vu de la vallée de Chamonix.

 

 

ACTU ML 01

Figure 1. Evolution du calcium (a), du strontium (b), des poussières insolubles (dust) (c), de l’aluminium (d), et du d18O (e) dans la glace du Dôme du Goûter déposée au cours des deux derniers millénaires et températures estivales en Europe reconstruites à partir d’archives indépendantes comme les anneaux d’arbres (f). Les bandes verticales bleues indiquent les deux stades froids de cette période, à savoir le petit âge glaciaire (LIA) et la période froide de la fin de l’antiquité (LALIA).

 

 

ACTU ML 02

Figure 2 : Enregistrement de calcium (a), strontium (b), poussières insolubles (dust) (c), et aluminium (d) dans la glace du Dôme du Goûter déposée depuis 7750 ans. La bande jaune indique la période d’aridification du Sahara mettant fin au Sahara vert (bande verte). 

 

 

Ces recherches ont été soutenues par l’INSU-CNRS et l’ADEME (programme LEFE-CHAT « ESCARGO ») et les programmes européens ALPCLIM et CARBOSOL.

 

Pour en savoir plus: 

Legrand, M., McConnell, J. R., Dulac, F., Dayan, U., Preunkert, S., Chellman, N., Desboeufs, K., Wensman, S., & Bergametti, G. (2026). An 8,000 years Alpine ice‐core record of climate and dust: The role of Saharan dust. Geophysical Research Letters, 53, e2026GL123787. https://doi.org/10.1029/2026GL123787